Une relation d’affaires particulière entre propriétaire et locataire

louisepar Louise Roy
Courtier immobilier agréé et consultante

L’achat d’un immeuble n’est pas une fin en soi, un investissement à regarder croître… Celui ou celle qui fait l’acquisition d’un immeuble à revenus devient commerçant, propriétaire d’une entreprise (PME).

Gestion des achats, gestion des travaux, des fournisseurs, des différents corps de métier (plombier, électricien, exterminateur, ouvrier, concierge, etc.), négociation et renouvellement d’hypothèques, renouvellement des baux, Régie du logement, comptabilité, tous ces aspects de l’immobilier sont autant d’éléments avec lesquels vous, propriétaires, devez devenir habiles, voir très à l’aise. En quelques années, la majorité se débrouille bien en apprenant « sur le tas »!

Là où le bât blesse, là où je constate tous les jours de la colère, de la frustration, de l’incrédulité, des désirs d’abandon… c’est dans la « relation d’affaires » avec les locataires. Oui, je sais… si votre pompiste est « bête », vous irai à une autre station d’essence; s’il y a autant de coquerelles après la visite de votre exterminateur, il ne reviendra plus dans votre bâtisse; si votre quincaillier vous manque de respect, vous irez dans une autre quincaillerie. Point final! Mais votre locataire a droit au « maintien à vie » dans le logement (dans la mesure où il respecte son bail) qu’il vous plaise ou pas!

Se loger:  un besoin essentiel

Vous (propriétaires) offrez un bien en location moyennant un prix à payer, mensuellement. Ce service représente le premier besoin essentiel de la vie au Québec: se loger! Certains vous diront qu’il est plus important de se nourrir, mais à -30 celcius… bon, c’est une question d’opinion, mais chacun doit se loger! Et c’est dans vos logements que tout se passe, tout se vit: maladie, perte d’emploi, retour aux études, séparation, toxicomanie, meurtre, suicide, trafic de drogues, violence conjugale, mariage, naissance, achat d’une maison, décès, pauvreté, etc. Tous ces événements de la vie peuvent (souvent) compromettre le respect des conditions du bail par le locataire.

Ce que je vous dit en fait, c’est qu’en tant que propriétaires de logements, vous exercer dans un milieu où il est très facile de se laisser aller à l’émotivité. Et je parle par expériences!! Que de papiers de pensions alimentaires j’ai regardés, que de demandes d’aide sociale, de demandes en attente d’assurance-emploi, que d’histoires racontées et que j’ai écoutées sur « le chèque bu par le conjoint », sur « le compte d’Hydro ou Bell à payer sous peine d’interruption », sur le « chèque volé dans la boîte aux lettres », sur les fournitures scolaires à acheter, et les cadeaux de Noël…

Relation d’affaires… trop personnelle!

Oui j’ai, moi aussi, prêté de l’argent au locataire pour payer un compte d’Hydro, un compte de Bell (il fallait car sinon Bell allait interrompre le service et exiger 200$ pour rebrancher et ainsi le locataire ne pourrait pas payer le loyer!!!). J’ai aussi donné de la vaisselle, des draps, des meubles… et beaucoup d’écoute… jusqu’au jour où le vase a débordé! Laissez-moi vous raconter! Un locataire, qui avait déjà expérimenté ma naïveté, me contacte pour me demander s’il pouvait faire baptiser le bébé de la fille de sa conjointe. Je m’attends à ce qu’il m’informe que la réception aura lieu dans son logement et qu’il y aura peut-être un peu de bruit et bla, bla, bla… MAIS NON! Il me demande « simplement » de décider entre le paiement du loyer et la réception du baptême que sa belle-fille n’a pas les moyens de s’offrir!!! Je devenais une « potentielle sans-coeur » qui pouvait empêcher la tenue d’un baptême!! Ma réputation de « bonne propriétaire » étant faite, et malgré que je lui aie fait part de mon désir de ne plus entendre parler de sa vie privée, le baptême eut lieu!

Quelques jours plus tard, un autre locataire (du même immeuble) demande à me rencontrer. Il me fait état de son statut de « bon locataire qui habite dans mon immeuble depuis 8 mois et qui paie son loyer le 1er de chaque mois » et à ce titre, il exige un mois gratuit! Après l’avoir torturé :-)), j’apprends qu’en fait il a une kyrielle de billets d’infraction à payer et qu’à défaut de les payer, sa chambre est déjà réservée en prison! Sa plaidoirie est fort simple: aller en prison = pas de revenus = pas d’argent pour payer le loyer OU loyer gratuit = paiement des billets = pas de prison!! Je devenais une « potentielle justicière » qui pouvait procéder à son arrestation et le foutre en prison!! Il n’y est pas allé.. et le mois suivant… il s’achetait une voiture!!!

Je pourrais vous relater des centaines d’anecdotes, racontées par vous, propriétaires, dont les résultats sont similaires aux miens: échec, brûlement d’estomac, colère, frustration, etc. Croyez-moi, écouter les histoires personnelles de vos locataires ne peut que détériorer ou détruire la relation d’affaires avec ces derniers.

Votre gérant de banque vous respecte tant que vous ne l’accablez pas avec vos histoires. Vous ne pouvez et ne devez être psychologue, psychiatre, philosophe, éducateur et planificateur financier pour vos locataires. Le respect de vos obligations de locateur, le respect de vos locataires et devenir sourd aux histoires personnelles de ceux-ci feront de vous des dirigeants d’entreprises en pleine possession de leurs moyens.