Immobilier: les photos, une lame à double tranchant

Immobilier: les photos, une lame à double tranchant. Photo Crédit: Les Affaires Plus

Les photos d’amateurs sont partout, le secteur de l’immobilier n’y échappe pas. Mais il est facile de gâcher ses chances avec de mauvais clichés.

[Les Affaires Plus / Oct. 2016] Les photos font partie depuis longtemps du processus de mise en marché en immobilier. Mais jamais autant que maintenant, à l’ère de Facebook et d’Instagram. Si certains courtiers ont fait le choix de s’équiper avec du matériel de qualité pour s’occuper eux-mêmes des prises de vue, d’autres travaillent avec des photographes immobiliers.

Une évolution logique, quand on sait que les maisons bien photographiées se vendent plus cher et plus vite que les autres. En 2013, une étude de Redfin, une agence immobilière en ligne américaine, a montré que les propriétés photographiées de manière professionnelle, au moyen d’un appareil réflex numérique, se vendent jusqu’à trois semaines plus rapidement. Et celles dont les photos sont les meilleures ont 44 % plus de chances d’être vendues au prix affiché ou au-dessus.

Les photos sont le premier élément examiné par les acheteurs potentiels lorsqu’ils épluchent les annonces en ligne. Des chercheurs américains de l’Université Old Dominion ont observé les mouvements oculaires d’internautes à la recherche d’immobilier. Ils ont constaté que 95 % des individus regardent d’abord la première photo pendant 20 secondes avant de lire les informations relatives à la propriété. Un temps suffisant pour avoir une première impression.

Consciente de l’importance capitale de la photo, l’enseigne immobilière Via Capitale a lancé l’année dernière un moteur de recherche de propriétés basé uniquement sur des images. « Il est encore trop tôt pour présenter des chiffres, mais les premiers résultats sont très positifs, affirme David Martin, président de Via Capitale. En laissant l’acheteur personnaliser la recherche des photos selon ses besoins, il est plus motivé quand il vient visiter la propriété.»

La qualité a un prix

Appuyer sur le déclencheur de l’appareil ne suffit pas pour prendre la photo qui fera craquer l’acheteur. Il faut de bonnes photos. Et c’est souvent hors de portée du courtier immobilier.

Cela explique pourquoi des photographes professionnels se sont spécialisés dans l’immobilier.

Actuellement, le prolongement des délais de vente sur le marché joue en faveur de la photographie professionnelle, selon Caroline Gaudreault, fondatrice d’Immophoto. La réalisation d’une série de photos coûte généralement entre 75 et 175 dollars. « Aucun diplôme n’encadre le métier, qui est peu enseigné, explique celle dont l’agence regroupe une quinzaine de photographes. Les autodidactes sont nombreux. » Résultat, certains particuliers peu satisfaits des photos prises par le photographe qui collabore avec leur courtier communiquent directement avec Immophoto.

Pour éviter les déconvenues, il est préférable de consulter au préalable le portfolio du photographe. « Le mieux, c’est de demander des exemples de séries entières de photos, car un portfolio est surtout une vitrine », indique-t-elle.

Les éléments à surveiller

Constance de la qualité, cohérence, informations communiquées par les photos, tous ces éléments doivent être au rendez-vous. « Il faut montrer les jonctions entre les pièces afin que l’acheteur potentiel puisse se faire une idée de la distribution des pièces, précise Caroline Gaudreault. Le photographe se doit de guider le regard du client, comme le courtier le ferait s’il faisait visiter la maison. »

L’authenticité des photos aussi est importante. « En voyant les photos, les gens ressentent une émotion qu’ils cherchent à confirmer en visitant la propriété, souligne David Martin. Tricher avec la réalité peut être tentant, mais il faut éviter de décevoir. Développer une relation sincère avec l’acheteur est essentiel pour conclure une transaction. »

Jonathan Houle, photographe immobilier depuis quatre ans à Québec, conseille également de miser sur le naturel. « Utiliser un trop grand angle agrandit artificiellement la pièce, dit-il. C’est une erreur de vouloir montrer toute une pièce sur une même photo. »

Autre confusion observée sur le terrain : les gens croient que le HDR (High Dynamic Range, en français, imagerie large gamme) est gage de qualité, car ils pensent que les deux premières lettres de ce sigle signifient Haute Définition. « Ce n’est qu’un outil pour corriger les défauts des appareils numériques, précise-t-il. Si la photo est mauvaise, le HDR ne l’améliorera pas. » Le HDR permet d’éviter les reflets sur les fenêtres, et ainsi de montrer les détails de l’intérieur de la pièce ainsi que la vue extérieure aperçue par la fenêtre.

Bien se préparer

La clé de la réussite des photos se trouve aussi en partie entre les mains des propriétaires du bien immobilier. Ces derniers doivent bien préparer leur propriété afin de la présenter sous son meilleur jour.

Avant l’arrivée du photographe, l’intérieur doit être débarrassé de tout effet personnel. Seuls les meubles et certains objets qui donnent de la personnalité et de l’ambiance aux pièces seront gardés. Dehors, les poubelles et le matériel d’entretien doivent disparaître du décor. Même chose pour les véhicules stationnés devant la maison.

Une mise en beauté à conserver pour les visites afin que la propriété soit fidèle aux photos !

Source:  Les Affaires Plus, par Fanny Bourel